Vous faites face à une procédure judiciaire et vous vous demandez comment vous allez financer un avocat ? C’est une question que beaucoup de personnes se posent, souvent au moment précis où elles en ont le plus besoin. L’aide juridictionnelle est un dispositif public qui permet à l’État de prendre en charge tout ou partie de vos frais de justice.
Qu’est-ce que l’aide juridictionnelle ?
L’aide juridictionnelle ne signifie pas qu’un avocat travaille gratuitement. Elle signifie que l’État prend en charge sa rémunération à votre place, selon un barème qui lui est propre.
En pratique, cette prise en charge peut être totale (100 %) ou partielle, selon vos revenus.
Dans la plupart des cas, l’aide juridictionnelle dépend de vos ressources. Mais elle est accordée de droit, sans aucun examen de revenus, dans certaines situations : c’est notamment le cas des victimes de crimes graves portant atteinte à la vie ou à l’intégrité physique, ou des victimes de violences conjugales qui demandent une ordonnance de protection.
Qui peut bénéficier de l’aide juridictionnelle ?
Les conditions d’accès reposent principalement sur vos ressources financières.
Les conditions de revenus : votre revenu fiscal de référence, votre patrimoine mobilier et votre patrimoine immobilier doivent rester en dessous de certains plafonds. Ces seuils sont révisés chaque année et varient selon la composition de votre foyer : ils sont majorés si vous avez des personnes à charge.
Pour savoir si vous êtes éligible, deux options fiables : utiliser le simulateur officiel du ministère de la Justice, ou vous renseigner directement auprès du bureau d’aide juridictionnelle de votre tribunal judiciaire.
Les autres conditions à réunir :
- Être de nationalité française ou ressortissant de l’Union européenne, ou résider habituellement en France
- Ne pas disposer d’une assurance de protection juridique qui couvrirait déjà vos frais
- Que votre demande en justice ne soit pas manifestement irrecevable ou sans fondement
Ce que l’aide juridictionnelle prend en charge
Quand on dit que l’État « prend en charge les frais », cela recouvre en réalité plusieurs types de dépenses.
Voici ce qui est couvert :
- Les honoraires de l’avocat qui vous représente ou vous assiste
- Les frais du commissaire de justice, notamment pour les significations d’actes
- Les frais d’expertise judiciaire, lorsqu’un expert est désigné par le tribunal
- Certains frais de traduction ou d’interprétariat
Si vous bénéficiez de l’aide totale et que vous choisissez un avocat, celui-ci ne peut pas vous réclamer d’honoraires : il est rémunéré directement par l’État. Si vous obtenez une aide partielle, l’avocat peut vous demander un complément d’honoraires, dans les limites prévues par la loi.
En revanche, l’aide juridictionnelle ne dispense pas de tout risque financier. Si vous perdez l’affaire, le tribunal peut vous condamner aux dépens (frais de procédure exposés par votre adversaire, comme les frais d’expertise ou de signification). Cette charge reste possible même lorsque vous avez bénéficié de l’aide juridictionnelle.
Comment faire la demande d’aide juridictionnelle ?
La démarche a été profondément simplifiée ces dernières années. Pour la grande majorité des procédures, elle se fait désormais en ligne.
La voie principale : le portail en ligne. Rendez-vous sur le portail officiel aidejuridictionnelle.justice.fr, connectez-vous via FranceConnect et remplissez le formulaire. Vos informations d’état civil et vos données fiscales sont pré-remplies automatiquement, ce qui réduit les pièces à joindre. Vous pouvez ensuite suivre l’avancement de votre dossier depuis votre espace personnel.
Cette voie dématérialisée est disponible pour les procédures devant les tribunaux judiciaires et les cours d’appel en métropole. Pour d’autres juridictions, le dépôt papier peut encore être requis.
Si vous ne pouvez pas effectuer la démarche en ligne, vous pouvez aussi :
- Déposer votre dossier en main propre au bureau d’aide juridictionnelle de votre tribunal
- L’envoyer par courrier postal
- Vous faire accompagner dans un point d’accès au droit ou une maison de justice et du droit
Les pièces généralement demandées :
- Un justificatif d’identité
- Un justificatif de domicile
- Votre dernier avis d’imposition, ou des justificatifs de revenus récents si votre situation a changé
- Des justificatifs de votre patrimoine mobilier et immobilier
- Tout document relatif à la procédure concernée
Le bureau d’aide juridictionnelle (BAJ), dont l’organisation est définie par la loi du 10 juillet 1991 dans son titre consacré aux bureaux d’aide juridictionnelle, instruit ensuite votre demande. Le délai de traitement varie selon la juridiction et la complexité du dossier.
Avant de déposer votre demande
L’aide juridictionnelle est un droit, mais certains aspects méritent d’être connus avant de s’engager dans la démarche.
Déposez votre demande avant d’engager la procédure. Si l’aide est accordée après que vous ayez déjà payé des frais, ces dépenses ne seront pas remboursées. Il est donc important d’anticiper.
Vous pouvez choisir votre avocat librement, à condition que celui-ci accepte d’intervenir au titre de l’aide juridictionnelle (rappelons que tous ne le font pas, en raison du mode de rétribution forfaitaire évoqué plus haut). Si vous n’avez pas d’avocat en tête, ou si celui que vous souhaitez consulter refuse d’intervenir dans ce cadre, vous pouvez vous adresser au bâtonnier de l’ordre des avocats : il vous en désignera un d’office, qui sera tenu d’accepter votre dossier.
En cas de refus, vous disposez d’un délai de quinze jours à compter de la notification pour contester la décision. Le recours est examiné par le premier président de la cour d’appel, et non par le bureau d’aide juridictionnelle qui a statué en première instance.
- L’aide juridictionnelle permet à l’État de prendre en charge tout ou partie de vos frais de justice si vos revenus sont modestes
- Elle est accordée de droit, sans condition de ressources, dans certaines situations prévues par la loi
- La demande se fait principalement en ligne sur aidejuridictionnelle.justice.fr, via FranceConnect
- Il est fortement recommandé de déposer la demande avant d’engager la procédure
L’aide juridictionnelle est souvent la première porte à pousser quand on fait face à une procédure sans moyens suffisants pour se défendre. Connaître ses droits et les démarches à suivre peut faire une vraie différence dans la façon dont vous abordez la situation.
Cet article est informatif. Il ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Si vous êtes dans une situation précise, consultez un avocat ou un professionnel du droit.